A propos

Née à Paris en 1986, Claire Chauvel a étudié les arts plastiques à la Sorbonne et la communication visuelle à Sophia-Antipolis. Elle s’immerge dans la nature à la recherche de vibrations, de formes et de couleurs à retranscrire sur la toile, support de ses états intérieurs. Chacun de ses tableaux est une représentation de l’instant donné, étape d’une quête sans fin.

Principales expositions

2018
Monument du déluge, Galerie 5un7, Bordeaux

2017
Le vent souffle où il veut, Galerie Françoise Besson, Lyon
LVSOIL #2, Art Room 03, Thônes
Confluence, salon des arts de Poncin

2016
Comment faire plaisir, curator Vidya Gastaldon Body & Soul, Genève
Chez Marie R., Salon d’une collectionneuse, Paris
Arbres et rochers, Maison des Arts Plastiques Rhône-Alpes Auvergne, Lyon
Invasions barbares, Maison des Arts Contemporains de Pérouges
Affinités, Château de Champdor, Hauteville-Lompnes
Salon DDessin, carré des collectionneurs, Atelier Richelieu, Paris

2015
Goldenfield, Château de Champdor
Immersion, Centre d’Art Contemporain de Lacoux

2014
Salon Drawing Now, Galerie agnès b., Paris
Contour de roches, curator Le Dessin Contemporain.fr, Galerie Louise, Pré-Saint-Gervais
36 Mountains Le Monte-en-l’air, Paris – Greta Gallery, Zagreb, Croatie
Le vif et l’inerte, Centre d’Art Contemporain de Lacoux, Hauteville-Lompnes

2013
Return La Saline, Schmiede residency, Hallein, Autriche
Escape the landscape, Galerie DOGPIG, Taïwan
Eros ou le paysage Espace, Héric des Gorges, Mons La Trivalle
La réplique des images, Centre d’art Les Passerelles, Pontault-Combault

2012
A place near Vahna, Galerie Stattberlin, Berlin, Allemagne
Voix étranges, Miami river art fair, Miami, Etats-Unis
Vitriol, Portes ouvertes des ateliers d’artistes, Montreuil
TIG5 La Forge avec Guillaume Mathivet, Paris


Prix et résidences

2015  / Immersion Centre d’Art Contemporain de Lacoux
2014 / Le vif et l’inerte Centre d’Art Contemporain de Lacoux
2013 / 1er prix jeunes créateurs Pontault-Combault
Eros ou le paysage Espace Héric des Gorges
Return Schmiede Hallein, Autriche
2009 / Concours Paliss’Art La Source – Conseil Général de l’Eure
La forge Belleville, Paris
2007 / Prix de peinture l’Ebouillanté, Paris


Collaborations

Multiples avec la Galerie Ultrashop : ultrashop.fr/product-tag/claire-chauvel/
Alugraphie avec Lucie Watts, Chambéry
Sérigraphie avec l’institut sérigraphique, Paris
Sérigraphie à l’atelier Chalopin, Lyon
Fanzines Festival, Soirée 10×10, Paris


Textes

Texte de Marc-Henri Garcia, Galerie 5UN7, février 2018

MONUMENT DU DÉLUGE, c’est par cet oxymore que nous avons choisi d’identifier la prochaine installation de Claire Chauvel au 5UN7 du 10 Mars au 07 Avril 2018.
Un Oxymore, une figure de style permettant la coexistence heureuse mais néanmoins surprenante de deux concepts que tout oppose. Il s’agit en l’occurrence d’observer la capacité des forces de l’élément aquatique à instaurer une réorganisation de la nature et de ses paysages tout aussi jouissive à l’oeil du peintre que impraticable à l’exploitation humaine.

(Leonard de Vinci …
« L’eau est la force motrice de toute la nature. »)

Quoi de plus intriguant pour un observateur fin de la nature comme Claire Chauvel que ce Monument du Déluge !

Cette force naturelle étrange, annonciatrice de la fin d’un ordre et cependant, vestige, pilier de l’organisation naissante des structures paysagères de demain.

Encore nous faut-il un témoin capable de traduire cette nature inquiétante, un témoin qui sache en décrire toutes les subtiles ruptures !

C’est au travers d’une oeuvre peinte sur le motif, à la frontière du réalisme et de l’impressionnisme que Claire Chauvel transmet ses moments passés en forêt, aux abords de la Dordogne.
Loin des préoccupations Data-istes de ce début de siècle, elle étudie sans relâche les limites de la représentation paysagère ; une quête menée sur le fil.
Une sorte de lien direct vers le ressenti puissant et disruptif perçu par la plasticienne dans la Nature. Au milieu d’une clairière, au fond d’une vallée, elle établit son observatoire discret. Le geste est réduit à sa forme essentielle tandis que les couleurs regorgent de lumières chatoyantes et de pointes acides. Il y a chez Claire Chauvel une volonté de sincérité dans la captation, une volonté qui se transmet à l’observateur par la subtile radicalité des choix opérés dans la représentation.

Figure atypique de la peinture contemporaine, diplômée d’art plastique à la Sorbonne, Claire Chauvel est à mon sens la digne héritière de la peinture paysagère Édéniste. Elle poursuit paradoxalement la recherche d’espace végétal peu, voire pas du tout, domestique dans un monde de plus en plus urbanisé. Elle se positionne presque comme une figure prophétique à l’aube de grands changements climatiques.

Claire Chauvel annonce fièrement le retour du Sauvage. Sa pâte laisse percevoir les tourments chères à Courbet, Monet, Cézanne, Derain.

Cependant elle sait aussi parfaitement réinventer le genre, elle synthétise en réduisant sa représentation à des formes et des couleurs brutales essentiellement expressives, s’inscrivant ainsi dans le monde de l’art le plus contemporain avec l’élégance d’une peinture qui n’est pas sans rappeler celle d’Alex Katz lors de son exposition « New Landscape » chez Thaddaeus Ropac en 2016.

MONUMENT DU DÉLUGE
5UN7 / 10.03.18 – 07.04.18


Interview de Ludmilla Barrand, directrice de Paris School of Arts and Culture, février 2016 : Claire Chauvel sur le motif.
Lire l’interview en anglais : psacparis.com/claire-chauvel/


Texte de Anne Malherbe, septembre 2015 :
Claire Chauvel, fragments d’un paysageIl existe une pratique du paysage en France, dans laquelle on distingue, selon les cas, une fascination pour certains lieux, le désir d’une relation avec la nature, la volonté de transcrire un territoire et en même temps d’y comprendre sa propre présence. On peut par exemple évoquer les noms de Jeremy Liron ou de François Génot. Ni simple enregistrement objectif ni pure quête intérieure, mais tresser l’un et l’autre étroitement ensemble : telle est la peinture de Claire Chauvel.

De l’atelier de l’artiste, installé en pleine campagne, près de massifs montagneux, sort quantité de vues. En réalité, « vues » n’est pas le terme juste. Ces peintures sont chacune un fragment pris à un ensemble qu’on n’embrassera jamais. Perçus de très près, parfois d’un peu plus loin dans la tentative d’en cerner une zone autonome, ces morceaux de nature ne sont pas à proprement parler des « paysages », au sens de ce qui s’offre à la circonspection du regard. On ne pourrait pas non plus employer ce terme pour la grande installation — Immersion — que Claire Chauvel a récemment présentée au Centre d’art contemporain de Lacoux. Le paysage implique en effet une profondeur, le sentiment qu’on peut y avancer, ce qui est rarement le cas ici. La nature est perçue par masses. Immersion se présente presque comme une coupe : ici, le paysage se construit pas à pas, cartographié à l’échelle 1, mesuré en même temps que représenté.

La lumière ne modèle pas ici le paysage, qui ne se construit pas selon un plan établi au préalable, mais par la distribution interne de couleurs. On peut d’ailleurs discerner dans cette pratique le lignage de Cézanne. Certaines zones se renfoncent dans leur propre obscurité tandis que d’autres s’avancent, fortes de leurs couleurs claires. On peut remarquer à quel point le ciel et le sol sont lisses, sans aspérité : ils s’abstraient ainsi des particularités du lieu et servent en quelque sorte de fond neutre destiné à recevoir les pulsations végétales notées, elles, d’une touche plus véhémente. Les rochers, dans leur absence de pittoresque, tiennent alors lieu de balises.

Pourtant, ce fond (nocturne quand le paysage se resserre, diurne quand il s’ouvre) passe souvent devant le motif végétal comme un rideau. La matière bleue, débordant sur ce qui devrait être un premier plan d’herbages, crée l’incertitude sur ce qu’on voit : anfractuosités, fourrés, trouées, ciel ou lacs ? ou peinture pure ? L’objet de la vision ne peut plus être catégorisé par le cerveau. C’est à des sens plus primordiaux qu’il est fait appel.

La difficulté à saisir définitivement l’image et le mystère de la nature nourrissent la quête picturale. C’est la recherche d’un rythme qui permet de créer finalement un lien avec la nature, lorsque la pensée se dissout. L’artiste traque donc quelque chose comme un battement fondamental, à travers une touche rarement sereine, cherchant sans relâche à dégager le paysage de tout ce qui le masque. Mais la quête est infinie : un angle-mort, à chaque fois, subsiste, exigeant la poursuite de la territorialisation, autant intérieure qu’extérieure.


Cécile Bourgoin-Odic, commissaire de l’exposition « La réplique des images », février 2013 :
« S’intéressant au paysage comme lieu de la représentation par excellence, Claire Chauvel peint de grands tableaux, conçus comme des décors de théâtre et dans lesquels elle développe sa recherche sur l’ambiguïté des images : elle joue avec les différents plans, les sources de lumières (artificielles et naturelles), les couleurs, le plus souvent irréelles.
Elle poursuit actuellement un travail axé sur le dessin. « Fonctionnant en carnet », comme elle le dit, elle fait des croquis d’après nature, sur lesquels elle revient constamment. Elle utilise toutes sortes de feutres et de stylos noirs, qu’elle fait fuser d’une page à l’autre. A partir des tâches colorées ainsi obtenues, elle compose sans cesse de nouvelles images.
Dans l’exposition «La réplique des images», elle nous présente « Praha ». Dans cette série, les dessins au marqueur et au stylo bille du carnet ont été agrandis, imprimés puis totalement retravaillés. Les pistes se brouillent : on ne distingue plus le croquis initial de ses retouches. Elle ajoute des motifs puisés dans s d’autres lieux. Faisant disparaître des éléments, confondant les plans, elle organise un nouvel espace totalement inventé.
En contre point, une petite installation met en scène trois petits dessins de la série « le double ». Il s’agit de petites pages du carnet de croquis au feutre noir dont les encres diluées au fixatif ont traversé la page. Sur l’envers, partant des douces nuances de bleu, de vert, et de violet des encres décomposées, Claire invente de nouveaux territoires flous et fantomatiques, une autre réalité. »


Enrico Castronovo, critique d’art et critique littéraire, août 2012 :
« Il faut entrer dans les dessins de Claire Chauvel avec la soumission passive et la disponibilité à l’émerveillement requises pour entrer dans le souvenir. Il faut accepter de se laisser embarquer vers l’autre rive pour voir surgir une réalité insoupçonnée à partir d’une tâche d’encre ou d’un trait de marqueur.
Il faut avoir le regard qui perce, comme les acides et les encres percent le support martyrisé – sanctifié – pour avoir accès à la couche de signification secrète que les images de Claire Chauvel referment dans leurs écrins transparents.
Des coulures d’encre, des dissolutions du papier, le support et le matériel se crispent presque sous nos yeux. La responsabilité de l’artiste s’efface, laissant le champ ouvert à d’inquiétantes batailles chimiques. Le résultat de ces exsudations laborieuses : des tableaux étrangement vivants à l’allure minérale, que l’on soupçonnerait volontiers non-faits-de-main-d’homme.
Et pourtant, tout l’imaginaire de Claire Chauvel est là en filigrane. Le paysage urbain peu à peu corrodé par une nature malveillante et, surtout, la figure humaine à peine reconnaissable, saisie dans l’éclat de son paradoxe, à la lisière entre sa divine singularité et son effacement consentant dans l’indistinction ambiante.
Il y a aussi cette idée de frustration scopique avec laquelle Claire Chauvel aime jouer, comme elle ferait un croche-patte au visiteur de son exposition. Mais un croche-patte qui serait aussi un appel du pied, invitant le voyant frustré à chercher plus loin, à suivre le fil qui va le sortir indemne de ce labyrinthe de la vision.
C’est à un véritable exercice critique que nous invite l’artiste, elle nous pousse – gentiment – à voir la réalité seconde cachée dans les apparences évidentes, à choisir ce que nous souhaitons voir dans la carte des possibilités iconiques, à nous déplacer autour de son dispositif artistique pour trouver le sens, pour trouver notre place de spectateurs actifs. Comme pour affirmer, une fois de plus, que l’art est dans le regard de celui qui le cherche. »