Brute et contemplative

François Trahais, historien de l’art, 2022

Après plusieurs années à peindre sur le motif, et plus précisément à représenter la forêt depuis la forêt, l’artiste retourne travailler dans l’atelier pour mieux toucher à l’essence même de son sujet : le paysage intérieur.

L’usage des Impasti dissipe les détails dans une matière épaisse où les pinceaux serpentent comme des traces de doigts sur de l’argile molle. L’empreinte creuse, ici et là, dans la matière première : les pigments, l’huile, le sable, la silice et autres ingrédients relevant du secret. Le recours au grand format (97 x 143 cm) libère le geste, le trait ondule et se désagrège en arabesque. Malgré un style emporté, le traitement n’est jamais violent. Des courbes franches structurent des compositions frontales, parfois brutales. Le geste est maîtrisé, d’une élégance extrême. Un tout qui converge vers les aspirations de Claire : retrouver une consistance interne de la peinture, l’expressivité du geste premier ; celui des artistes de Lascaux ou de la grotte Chauvet.

Pour s’affranchir du naturalisme, l’artiste choisit le symbole. Ses tableaux n’ont plus de titre, l’anecdote et l’ornement disparaissent, la facture s’épaissit. Contre toute attente, Chauvel apprivoise les couleurs claires, sa palette s’enflamme puis s’obscurcit. C’est presque une éclipse, une lumière venant de la nuit ; la contemplation d’un grand mystère. Le brun cuivré y remplace le fond d’or des primitifs italiens et l’esprit des œuvres de Gustave Moreau et d’Odilon Redon s’y manifeste à la manière d’un hommage. Certes, avec cette série, l’artiste s’inscrit dans une histoire de l’art allant du Symbolisme au Matiérisme, mais elle expose surtout sa Materia Prima, la substance même de son travail. Un art à la fois primal et mental, entre inquiétude et béatitude, une peinture brute et contemplative.

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